Sur leur blog, La Plume & Le Raisin, ils se présentent comme “une fille, Julie, qui aime écrire, et un mec, Jacques, qui aime le vin”. La journaliste et le sommelier ont décidé de partir découvrir les vignobles du “Nouveau Monde”. Alors que tous deux s’apprêtent à partir pour la Nouvelle-Zélande, VinSurVin les a interviewés. L’occasion d’en savoir un peu plus sur le vin et l’Australie.
Où vous trouvez-vous en ce moment ? Qu’y faite-vous ?
Nous attaquons notre 9e mois en Australie et nous partons en NZ fin octobre pour découvrir les vignobles. (Jacques) : Je n’ai pas exercé mon métier de sommelier, car même si j’ai eu des propositions intéressantes, à Melbourne notamment, les employeurs me demandaient de rester 6 mois. Nous sommes en Australie pour voyager… (Julie) : J’ai travaillé dans les vignes (nous avons fait les vendanges en mars dans les Grampians, et travaillé à la vinification chez divers vignerons grâce au Wwoo).
Dans un pays où l’on apprécie d’abord la bière, le vin a longtemps été l’apanage de l’aristocratie ou considéré comme une boisson de femmes (sheilas). Est-ce toujours le cas ?
En tout cas, dans les cocktails où on a servi, les femmes prenaient du vin, les hommes de la bière ! Y compris le marié lors d’un mariage… Ceci dit, il faut sortir du cliché Australie=ploucs à chapeaux. Dans les villes, on trouve des bars à vin… C’est toujours des endroits « branchés tendance » pour les bobos.
Entre la bière et le vin, genre Mélange Non Identifié, il y a le « goone ». En fait, c’est du vin en bag-in-box (invention australienne !-, à 4 dollars (2€) le litre. Y’a du blanc, du rouge ou du rosé… Ca cartonne, et évidemment, c’est dégueu.
L’Australie possède des centaines d’hectares de “vieilles vignes” de Shiraz qui contribuent à la qualité et à la notoriété des vins produits à partir de ce cépage. L’avez-vous vérifié ? Des noms !
On trouve ces vieilles vignes dans la Barossa (SA), et appartiennent aux grands noms, genre Penfolds, Henschke, etc. Ils en font d’ailleurs tout un battage en général… Mais plutôt une centaine que des centaines d’ha. On n’a pas pu goûter les plus prestigieux, comme le célèbre Hill of Grace de Henschke, ce n’est pas vraiment dans nos moyens.
En revanche, des shiraz qui nous ont plu, on en a trouvés. En vrac : domaines Shobrook (Barossa), le Retief (Gundagai), Hochkirch (Grampians), Herriot et Cape Mentel (Margaret River).
On entend dire que les australiens sont très peu interventionnistes dans les vignes. Quels rapports semblent entretenir les winemakers australiens avec la question de l’environnement ?
C’est tout le contraire ! On aimerait dire que les Australiens ont un temps d’avance sur ce sujet, notamment parce que le problème de manque d’eau est si évident et crucial… Mais il faut être réaliste : on ne peut décemment pas prétendre être « vert » et produire autant ! Dans les vignes et dans la cave, les vignerons/winegrowers/winemakers sont pour une large majorité « interventionnistes ».
En revanche, c’est vrai que le label « organic » commence à être tendance. Du coup, d’énormes domaines lancent leur
bouteille bio. Chez De Bortoli (Yarra), un winemaker nous a expliqués qu’ils « mettaient des trucs, genre champignons « naturels » dans la vigne pour la rendre bio ». On est restés perplexes, mais lui trouvait ça normal. Ce qui arrive gros comme une maison, c’est le label bio complètement marketing, pour se donner bonne conscience/être dans la tendance. Mais un changement radical des mentalités, ce n’est pas pour tout de suite. Chez Penfolds, un des winemakers m’a dit qu’il « ne croyait pas au bio, parce qu’il n’y avait pas de marché pour ça ». Tout est dit.
Il existe quand même et heureusement un grand nombre (plus d’une centaine) de petits domaines bio/biodyamiques, agréés ou pas sur tout le territoire. C’est d’eux qu’on parle dans notre blog, et c’est en général les vins que nous avons adorés.
Les vins australiens sont réputés pour leur côté “body buildé” et leur boisé caricatural. Cela correspond-il au goût de l’amateur australien lambda ?
Sans doute que oui, puisque c’est ce qu’ils font presque tous… Ce qu’on peut dire, c’est que « l’Australien lambda » recherche la puissance avant la finesse, la saturation plutôt que la fraîcheur. Quant au bois… dans les cellars, il y a plein de bouteilles qui précisent « well oaked » (bien boisé). Ils adorent les arômes de chocolat, café et autres « breakfast toast »…
Mais encore une fois, en sortant des chemins battus (et des bottle-shops qui appartiennent aux grandes chaines), on trouve des vins légers, frais, délicats, élégants… Bref, tout le contraire du cliché. Essayez un pinot noir du domaine Kiltynane (Yarra) ou du domaine LucyMargaux (Adelaïde Hills), par exemple ! En blanc, un riesling des Herriot (Margaret River), ou un chardonnay de Stefano Lubiana (Tasmanie).
L’industrie vinicole Australienne est extrêmement concentrée : cinq grands groupes financiers contrôlent environ 85% de la distribution des vins Australiens. Cela laisse-t-il de la place pour des petits producteurs, l’originalité et le pluralisme ?
Oh que oui ! On a trouvé aussi une foultitude de petits domaines, avec des gens un peu fous qui ont lâché leur boulot pour devenir vigneron. Notre sentiment, c’est qu’il est à la fois beaucoup plus facile de devenir vigneron en Australie, parce que c’est moins cher et mois réglementé, mais aussi beaucoup plus difficile : il faut se colletiner un climat difficile, sans aucune connaissance du terroir.
Quelles sont vos impressions générales sur les vins australiens ? Quels sont les trois vins qui vous ont marqué depuis que vous êtes en Australie (3 chacun !)
Julie : Je peux citer les vignerons dont la démarche, le caractère et le vin m’ont le plus plu : John Nagorka, du domaine Hochkirch (Grampians), Anton Von Kloppen du domaine LucyMargaux (Adelaïde Hills), et Kate Kyltinane (Yarra). Trois biodynamiques, passionnés et très différents les uns des autres. Jacques : Pour compléter la liste de Julie, j’ajouterais Tom Shobrook (Barossa), Herriot (Margaret River) et KT and the Falcon (Clare Valley).
Recommanderiez-vous aux lecteurs de VinSurVin de se rendre en Australie ? Pourquoi ?
L’Australie est magnifique, les vignobles merveilleux, Margaret River, Yarra, Mornington Peninsula et Tasmanie en particulier et les Australiens très sympathiques (ils ont le sens de l’accueil et du commerce en tout cas). Il est facile de déguster, tous les domaines ou presque ont un « cellar » accueillant (parfois, c’est carrément un « resort », avec restau, spa et salle de sport, mais seulement chez les très gros). Juste un conseil : si vous devez zapper une région, choisissez la Hunter Valley, vraiment trop attrape-touristes.
Merci beaucoup !
Suivez les aventures de Julie et Jacques sur La Plume & Le Raisin
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Tags: australie


October 15th, 2009 at 3:19 pm
Super bien documenté et l’amorce d’un livre-conseil sur les vins Australiens.
A quand l’importation par vos soins ?
October 16th, 2009 at 2:28 pm
Merci pour vos bons mots. Prochain objectif : se rendre en Australie !
October 18th, 2009 at 8:04 am
[...] Artists Winners! > NotCot • Deux blogueurs parcourent les vignobles du “Nouveau Monde”> Vin sur Vin • Envoyé Spécial: Interbeaulojais dénonce un détournement d’interviews > Chroniques [...]
November 4th, 2009 at 5:55 pm
Je me suis rendu en Australie en Janvier dernier. 17 domaines visités.
Je me suis rendu, et j’ai très lourdement insisté pour partir à la rencontre de quelques vignerons “vrais”, soucieux de ne pas irriguer, ou alors excessivement peu, n’utilisant ni engrais chimiques, pesticides et herbicides…ce ne fut pas simple. Pourtant, j’ai dégusté une bonne partie de vins élégants, proposant des silhouettes étirées, et des finales rafraichissantes.
Sortez des sentiers battus, fuyez les industriels, et laissez vous séduire. Coriole, Rockford wines, Shaw and Smith, Henschke…Voyage sur 4 régions: Adelaide Hills, Barossa, Mc Laren Vale, et Clare Valley.
Si vous partez là-bas, faites comme moi. Laissez vous guider par les plus avertis. Life is a cabernet, est une structure individualisée d’oenotourisme. Ralf est impressionnant de classe, et de gentillesse. Cultivé, et surtout fou de vrais vins, il fut mon guide ultra-précieux, qui m’a ouvert les portes des plus grands domaines, et des vignerons les plus difficiles à convaincre. Jeffrey Grosset par exemple qui propose des rieslings impeccables. (pourtant, quelques jours avant gt chez Breuer et Johannisberg en Rheingau allemand)…
Son lien: http://www.lifeisacabernet.com.au/
Demandez lui de vous guider, réclamez les meilleurs, les vins les plus élégants, juteux, minéraux. Et vous serez réellement surpris. Ne faites pas les choses à moitié.
Quelques comptes-rendu de mes domaines visités ici:
http://www.sommelier-vins.com/article-30347373.html
A bientôt Fab !
Emmanuel