Comparé au Nouveau Monde, la France compte un nombre de domaines viticoles incroyable. Des entités qui se battent pour s’en sortir dans un marché vaste, difficile, et qui se mondialise. Certains vignerons ont bien compris que le salut ne passerait pas par l’individualisme, comme ceux de Mont Tauch à Tuchan (11). L’union ferait-elle la force pour faire face à un marché de plus en plus exigeant ? Reportage dans un lieu immense, au cœur de l’appellation Fitou.
La première fois qu’on découvre les caves et les installations de Mont Tauch, ce n’est pas nécessairement en se rendant sur place. La surprise vient en fait depuis les hauteurs du village de Paziols, à quelques kilomètres de Tuchan. De là-haut, au loin, on distingue à travers une brume permanente ce qui s’apparente, à première vue, à une usine ! D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont surnommé les caves Mont Tauch “l’usine à gaz”. De gigantesques cuves en inox, allongées et sur pied, sont littéralement
étincelantes, au soleil. Cela surprend. Cela intrigue. Jouxtant ces cuves : de nombreux bâtiments, qui ne sont pas sans nous rappeler les entrepôts d’une entreprise. Il s’agit bel et bien des caves Mont Tauch, une coopérative taille XXXL.
Les premières caves coopératives du Languedoc furent fondées grâce au regroupement de petits et grands propriétaires indépendants. C’est un moyen de survie dans un marché instable, exacerbé par la crise de mévente de 1907. Fondée dans le village de Tuchan en 1913, la cave coopérative de Mont Tauch est un des plus anciens groupes coopératifs du Languedoc. En 1948, Fitou est la première appellation en vin rouge du Languedoc à obtenir l’AOC. Ce vin est exclusivement produit par les neuf villages de Tuchan, Paziols, Villeneuve et Cascastel pour le Haut Fitou ; La Palme, Caves, Treilles et Leucate pour le Fitou Maritime sur la côte méditerranéenne - une appellation géographiquement scindée en deux : première particularité, voire anomalie, de cette appellation.
Situé dans l’Appellation Fitou, la coopérative surprend ensuite par son gigantisme, voire sa démesure. Mont Tauch, c’est un vignoble de 1950 hectares partagé en 7 000 petites parcelles réparties sur quatre villages. Premier producteur de l’AOC fitou, Mont Tauch commercialise autour de 12 millions de cols par an pour un chiffre d’affaires de 23 millions d’euros (contre 13 millions d’euros en 2002), les deux tiers étant réalisés à l’export. Enfin, Mont Tauch, c’est 1 président, 2 vice présidents, un directeur général, 3 administrateurs et, accessoirement, 250 vignerons !
En pénétrant dans l’antre, que dis-je, le ventre de Mont Tauch, la taille des installations ébahit. Sous plusieurs milliers de m2 d’entrepôts, des passerelles, des tapis où sont triés les carignans, syrahs et grenaches, des cuves enfouies, dans un environnement sanitaire impeccable. Dans un éclairage jaunâtre, le lieu parvient même à dégager une certaine magie. Le silence qu’il y règne n’empêche pas d’imaginer le son de la mécanique des machines (et des hommes) lorsque le lieu est en pleine effervescence. Visiter un tel lieu à cette époque est presque incongru. Plus loin, nous découvrons les salles d’embouteillages (un lieu aseptisé), des salles de réunions, une cantine et les laboratoires où les œnologues travaillent dans des conditions optimales.
Nous entrons ensuite dans les salles semi-souterraines dans lesquelles sont entreposées des milliers de palettes, prêtes à voyager par-delà les continents. On reconnaît des cartons estampillés “Tesco”, le grand supermarché britannique, mais aussi “Vins Pierre Chanau”, qui n’est autre que la marque de l’hypermarché français Auchan ! Inutile d’aller jusqu’au fond, dans la pénombre, puisque ce sont les futurs entrepôts de quelques milliers de mètres carré. La pieuvre Mont Tauch n’en finit donc pas de s’agrandir…
Avant de quitter les lieux, passage obligé par le grand magasin où l’on invite le visiteur à s’assoir devant un film retraçant l’histoire des caves
Mont Tauch. Les cuvées maison sont entreposées dans un mobilier soigné et épuré. De 5 à 18€, les clients pourront se fendre de quelques flacons, qu’ils auront pu goûter auparavant aux tables de dégustations “designées” à cet effet. Et ils sont nombreux ces clients au vu du formidable outil technologique dont Mont Tauch peut se targuer et des investissements colossaux entrepris pour agrandir les hangards semi-enterrés. Le regroupement de coopératives et le fonctionnement façon Nouveau Monde ont donc l’air de bien fonctionner.
Au sortir de ce que l’on peut appeler cette “expérience”, le soleil écrasant et la chaleur étouffante nous rappelle combien le lieu était parfaitement climatisé, grâce à ces structures semi-enterrées. Et pour un peu, on entendrait Claude Nougaro, amoureux de la région, nous chantonner Cécile ou plutôt un remake de NougaYork, qui s’intitulerait FitouYork.
Photos : VinSurVin
Tags: coopératives, corbières, fitou, languedoc, mont tauch, roussillon, tuchan

