Adulée par le consommateur dans la catégorie petit prix, monstre sacré pour les grands collectionneurs, mais boudée par une frange de passionnés qui lui reprochent une certaine aseptisation et un désintérêt pour le terroir au profit de l’élevage, Bordeaux n’en reste pas moins une énigme, si ce n’est un fantasme. Comme tout Grand Homme.
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Il suffit de taper le mot clé “bordeaux” sur VinSurVin pour finalement se rendre compte qu’entre cette appellation et votre humble serviteur, c’est un peu du “je t’aime, moi non plus”. Fatigué de boire des vins insipides et sans saveur à des prix exorbitants, la rupture était presque consommée, avant que le millésime 2007 ne pointe le bout de son nez et fasse état de toute la maîtrise de la filière viti-vinicole bordelaise. L’impression qui domine en ce moment se résumerait presque à ceci : comme si l’appellation avait senti le vent des raisins de la colère des consommateurs mais aussi de professionnels du monde du vin, comme un géant un genou à terre sur le ring, Bordeaux se relève pour se magnifier. Finies les années Parker et Michel Rolland ? Une révolution s’amorcerait-elle ? Nous n’irons peut-être pas jusque là, mais il est indéniable qu’un vent de renouveau, symbolisé par l’émergence de jeunes vignerons notamment, souffle sur l’estuaire de la Gironde, d’autant plus que 2008 est particulièrement croquant et qu’on prédit un grand avenir à 2009. Instinct de survie ou simple effet millésime ? L’avenir nous le dira.
Cette sélection VinSurVin / Salon des Vignerons Indépendants Porte de Champerret (du 26 au 29 mars 2010) nous oriente sur deux types de vin : ceux à boire presque dans l’immédiat et ceux de garde. Point commun ceci dit entre ces
lauréats : si VinSurVin n’est ni allé dans les vignes, ni dans les chais pour constater les méthodes de travail, la présence du fruit, de la gouleyance, d’une matière vivante et expressive, ainsi que l’expression du sol -terreau, berceau essentiel et sacré à l’élaboration de grands vins sont manifestes. Place aux grands hommes et femmes dont les vins ont été retenus. Sans retenue.
Château des Cèdres, Premières Côtes de Bordeaux, Prestige, 2007, rouge (7,80€ ; Stand C26). Un vin qui donne la parole au fruit, présent et net au nez, orateur né à la Martin Luther King, comme en témoigne cette expression minérale et incisive, cette bouche dense au discours équilibré et convaincant, d’un beau grain (de beauté), ce vin est plein de promesses, que, contrairement à certains hommes politiques, il est tout à fait en mesure de tenir. I Have a Dream ! 
Château Cailleton-Bergeron, Premières Côtes de Blaye, 2007, rouge (6,90€ ; H18). Sa couleur noire et son nez aérien est ce qui saisit de suite : il vole comme un papillon et pique comme une abeille, tel un Cassius Clay ! Les fruits noirs exultent (cacao, poivre noir). En bouche, il est souple, puissant et le cuir lui va comme un gant. Un vin de garde, assurément !
Château Haut Villet, Côtes de Bordeaux en Castillon, rouge, 2007 (13€ ; C9). Une robe très soignée, de jolis arômes fins, des étoffes de fruits rouges. Nous sommes sur le registre féminin (voire gay). La matière est tendance, d’une coupe très fine. Un tissu très cha(r)nel, en somme.

Domaine du Reys - Château d’Arguin, Graves, 2005, rouge (9,25 € ; C4). Son bouquet (en boutonnière) est croquant, fleuri, doté de beaucoup d’allure, un brun dandy, notamment avec ces discrètes fragrances de vanille. C’est du Oscar Wilde. La finesse ne lui manque pas, les tanins sont enrobés et cette amertume en fin de bouche n’est qu’un sarcasme typiquement British. Le meilleur moyen de résister à la tentation étant de lui céder, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
Château Vieux Bonneau, Montagne Saint-Emilion, L’Envie, 2005, rouge (15,00€ ; C47). A première vue, il est sombre. Puis, il ne se montre pas très ouvert. Au premier contact, il fait presque preuve d’austérité. On est un peu dans le Alain Jupé, si vous voyez ce que je veux dire. Et puis, lorsqu’il s’est aéré, il revient avec des fruits noirs mûrs, un soupçon grillés. Il affirme alors toute sa puissance, sa pertinence, mais aussi beaucoup de finesse. Un vin de garde mais surtout de gentleman
amateur de cigares et de gibier, type Prince Charles Winston Churchill.
Château Tour Grand Faurie, Saint-Emilion Grand Cru, 2007, rouge (14,10€ ; B1). Bon, alors là bonhomme, je vais t’apprendre un peu la vie. Si tu penses que du haut de tes 20 piges, tu peux te la ramener auprès de tes potes avec ce “Saint-T”, tu te mets le doit dans l’œil, et profond ! Non, parce que là, c’est du lourd. Densité, fruit poivré, réglissé (et c’est pas du Haribo !). La bouche est souple, riche et super puissante (tu tiendras pas). Le flacon idéal pour le vrai amateur de vin de bordeaux qui possède une bonne cave. Un homme mûr et expérimenté. Pas un puceau aux cheveux longs.
Château la Mouline, Moulis en Médoc, Prestige, 2007, rouge (19,00€ ; D8). A vu de nez, c’est flatteur, jeune,
nerveux. A y boire de plus prêt, c’est carré, net et sans fioriture. La robe : sombre. Le nez : calibré. La bouche : du velour. Ne pas attendre que le vin soit prohibé en France pour le consommer. Arrivederci.
Château Mongravey, Château Braude-Felloneau, Haut Médoc, 2006, rouge (17,00€ ; K7). Avec sa jolie robe et ses parfums imprimés de violettes et de petits fruits des bois, sa chair opulente et un boisé subtilement dosé, Mongravey récite son texte sans le moindre accroc. Il se montera certainement encore plus convaincant dans les années à venir. Une graine de star.
Château la Bridane, Domaine de Cartujac, Saint-Julien, 2008, rouge (16,00€ ; F35). Millésime 2008 ! Un costume noir tiré à quatre épingle, un nez d’une finesse remarquable - comme il en faut à Hollywood - de superbes baies noires fraiches (coing,
cassis) et cueillies à point (mais n’y voyez aucune connotation érotique), un charisme insolent : j’ai nommé… Brad Pitt ? Oh, non, remarquable acteur mais pas le même mordant, Di Caprio ? Aussi remarquable, classieux, mais un ton en-dessous. Georges Clooney ? Magnifique mais pas la profondeur d’un Saint-Julien. Maintenant, à vous de vous faire une idée. Surtout vous, mesdames.
Château La Tour Blanche, Sauternes, 1er Cru Classé, 2007, blanc (46,00€ ; N8). Son regard brillant et ensoleillé, son nez réservé et plein d’humilité, ses mots fins, choisis et réfléchis, ses racines exotiques (mangues, goyave, ananas), dans un style incisif et mordant : toute la poésie d’Aimé Césaire dans un verre de Sauternes. Un vin dont on pourrait vite devenir esclave.
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March 14th, 2010 at 4:00 pm
Bonjour Fabrice !
Suite à votre passage sur mon blog, je découvre le votre. Pour répondre à votre remarque, effectivement je n’étais pas passé sur le votre dans le cadre de mon étude car vous n’êtes pas dans le coeur de cible. En revanche, je viens de lire 2 chroniques que je trouve plutôt savoureuses (je prendrai le temps de lire les autres plus tard, car comme vous le dîtes, “il y a du contenu !”). Il est probable que je tente de vous contacter par mail fin mars dans le cadre ce l’étude en question. N’étant pas dans le “cœur de cible” ne veut pas dire que vous ne pouvez pas porter un regard pertinent sur la question (web 2.0 et filière viticole).
Bon dimanche et encore merci pour cette découverte.
March 23rd, 2010 at 3:32 pm
Quid du Château Troquart en Saint-Georges Saint-Emilion?
Il sera à Champerret au stand N9. Je serait curieuse de lire vos commentaires à son sujet.
Oenophilement,
Stéphanie
March 23rd, 2010 at 4:06 pm
Bonjour Stéphanie,
Merci pour votre commentaire. Je ne doute pas des qualités du Château Troquart, mais il s’agit ici d’une sélection après dégustation des échantillons envoyés au siège des VI à Paris par les vignerons présents au salon. Si ce château n’apparaît pas dans la sélection, il peut y avoir 2 explications : ou il n’a pas été sélectionné par mes soins (oups!) ou il n’a pas cru bon de participer à cette sélection VinSurVin.
Je précise qu’un vin non sélectionné n’est pas nécessairement un mauvais vin ! C’est la loi des sélections. En revanche, je me rendrai sur le stand N9 pour le (re?)goûter.
Bien cordialement,
Fabrice Le Glatin- VinSurVin
April 6th, 2010 at 12:27 am
Très curieux de savoir ce qui va être déniché sur les bordeaux. Ma femme et son frère travaillent à Rasteau, amoureux des vins venant d’ailleurs, nous n’avons pas une foi aveugle ni un régionalisme affirmé et exarcerbé dans les Rhône sud, loin de là au contraire, surtout en raison des effets de modes chimériques. Nous adorons les Bourgognes, Loîre, Côte Rôtie, mais surtout et avant tout, peut importe l’origine ou l’appellation, ce sont les styles, les démarches, les trajectoires dans ce qu’elles ont de sinueuses et magnifiques qui nous ont souvent marqué. Et je dois dire que très souvent les bordeaux que j’ai eu la chance de déguster ne nous ont pas laisser de grands souvenirs. Calibrés, bien faits mais prévisibles et avant que les foudres des critiques des amoureux de bordeaux me tombent dessus, je tiens à préciser que je suis un commun des mortels, c’est à dire que je n’ai pas eu la chance d’avoir goûté les “grands”- avec tous les guillemets du monde!- sauf un qui est un de mes plus beaux souvenirs - Petrus 90! magistral!- et je remercie encore cet ami pour sa générosité car je n’aurais jamais pu me payer un tel moment. Mais je dois avouer que beaucoup de bordeaux me semblent manquer de panâche et surtout de caractère et d’ambition à défaut de personalité! Qu’il est bon de déguster des choses, oui, non calibrées, imprévisibles sans galvauder les fondamentaux. Donc, Fabrice, je suis curieux de savoir si les ambitions sont à la hauteur de la réputation(?)…
April 6th, 2010 at 12:19 pm
Salut Nico,
Tout le monde sait que je ne suis pas un fan de Bordeaux, par le style bordeaux. Mais cela ne regarde que moi ! Je ne suis pas là pour condamner qui que ce soit, sauf des attitudes qui tendent à tromper les gens, comme le maquillage du vin, chose qu’on ne trouve pas qu’à Bordeaux, loin de là.
Comme je le dis dans cette sélection, j’ai été assez bluffé par certains vins de Bordeaux. J’en ai même adoré certains (oui, oui, “adoré” !). La chance que j’ai, c’est de pouvoir en goûter beaucoup et donc de me familiariser avec cette région. Ceux qui sont ici ont retenu mon attention et celle de mon comité : je les conseille donc vivement.
Je ne fais pas des sélections pour faire des sélections. Entre le salon de la Pte de V et celui de la Pte de C, j’ai dégusté 500 vins pour les Vignerons Indép : 100 ont été retenu. A toi de voir si c’est peu ou beaucoup !
Voilà,
Talk 2 U L8R alliga’R !